Danger : ententes de libre-échange

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Danger : ententes de libre-échange

Message par Admin le Jeu 17 Juil - 19:15


Les ententes de «libre-échange» découlent de la libre concurrence


ROBERT BIBEAU :

La classe ouvrière est la classe la plus progressiste, la plus innovatrice, la plus attachée au progrès technologique des moyens de transport et aux échanges mutuellement consentis. À ce titre, ce n’est pas la classe ouvrière qui s’opposerait à la multiplication des échanges interpeuples. Ce sera toujours du temps de travail qui sera échangé de toute façon. Le travail est la seule richesse inépuisable qui donne sa valeur à toutes les autres «richesses». Le travail ouvrier n’est pas «naturel», il est social et collectif. Ces échanges éventuels devraient évidemment être faits sans contraintes, sans exploitation d’une partie par une autre et effectués sur la base des avantages réciproques et de la communauté d’intérêt.

Si les traités commerciaux, les ententes et les accords multilatéraux dont nous entendons parler présentement étaient basés sur ces principes coopératifs la classe ouvrière devrait appuyer ces traités. Mais il n’en est rien. C’est tout le contraire qui survient. Ce sont les lois de l’économie qui contraignent les capitalistes de chaque État-nation à négocier des traités inégaux de soi-disant «libre échange» qui n’ont absolument rien de libre et ne sont pas des échanges. C’est du commerce quasi esclavagiste entre les États-Unis d’Amérique, qui désirent vendre la marchandise produite et spoliée aux esclaves salariés américains – mais aussi Chinois, Coréens, Bengalis – contre les marchandises produites par les ouvriers européens, mais aussi par les ouvriers Chinois, Coréens, Bengalis, tous mis en concurrence les uns contre les autres sur la grande foire d’empoigne commerciale internationale. En effet, la majorité du commerce entre l’Amérique du Nord et l’Union européenne concernent des échanges entre filiales d’entreprises multinationales -mondialisées ayant des usines, des entrepôts, des réseaux de distribution des deux côtés de l’Atlantique et partout de par le monde.

Le travailleur français n’a aucun intérêt en commun avec les capitalistes français – tout comme le salarié étatsunien n’a aucun intérêt en commun avec les capitalistes étatsuniens – même si ceux-ci affichent le drapeau étoilé sur Wall Street contre le bleu blanc rouge à Paris. Ces drapeaux nationaux sont des attrapes nigauds pour ouvriers arriérés et petits-bourgeois socialisants. Les capitalistes monopolistes n’ont pas de nationalité, même s’ils brandissent l’étendard patriotique pour pousser leurs plumitifs à la guerre commerciale – avant la guerre létale.

Tous les grands oligopoles multinationaux ont des usines – des bureaux – des entrepôts – des unités de distribution – des mines ou d’autres intérêts dans les pays de chacun de leurs concurrents et réciproquement. La délocalisation et les prises de contrôle inter-monopoles ont déjà fait leurs ravages – avant même qu’il n’ait été question de traités et d’accords de «libre-échange». Pire, chaque multinationale a des actifs (actions – obligations investissements – créances – contrats de fournitures et d’écoulement des marchandises) avec chacun des autres conglomérats concurrents, le tout formant une immense toile d’araignée d’intérêts mondialisés.

Tout ceci ne signifie pas qu’ils ne sont pas en concurrence les uns contre les autres. Ceci signifie qu’ils sont tous à la fois, unis et complices, quand il s’agit d’exploiter le travail salarié aux pires conditions négociées; et qu’ils sont tous en compétition féroce pour amasser le maximum de capital à valoriser et faire fructifier pour un nouveau cycle de reproduction élargie.

Reprenons la dichotomie à la base de toute politique économique


Le monde est très simple à comprendre – il y a d’un côté une clique de milliardaires et de multimillionnaires propriétaires des moyens de production, d’échanges et de communication (bien moins que 1% de l’humanité). De l’autre côté du miroir, il y a des millions et des millions de travailleurs salariés en cours de paupérisation. Entre les deux – ou plutôt – les attachants les uns aux autres inextricablement il y a un seul et unique mode de production et d’échange, soumis à des lois impératives qui exigent que le capital-profit soit réinvesti pour s’engraisser (produire de la plus-value), fructifier et accomplir un nouveau cycle économique. Chaque État-nation est pris dans ce réseau et la petite bourgeoisie se démène pour concilier ces inconciliables.

Et voici que pour continuer à générer des profits le mode de production capitaliste force la bourgeoisie de chaque pays dominant à se lancer non seulement dans la conquête de nouveaux marchés, sur les terres de ses concurrents, mais aussi à aller piller les ressources (aliments, minerais, énergie, eau potable) dans les pays asservis par ses concurrents et même à s’aventurer à exploiter la main-d’œuvre de ces pays hier encore attardés, mais où il est désormais aisé de délocaliser une usine et de la machinerie automatisée et de former la main-d’œuvre locale aux frais de l’État national local.

Le problème de production devient soudain un problème commercial et légal


Un problème surgit soudain. L’ensemble de la législation commerciale internationale a été conçu à l’époque où le capitalisme primitif dominait, à l’époque où chaque pays élevait des frontières et des barrières tarifaires autour de la «patrie» emmurée de façon à forcer le concurrent (l’entreprise monopoliste étrangère battant pavillon allemand, italien, suédois ou canadien, etc.) à négocier le privilège de pénétrer le marché national-local contre réciprocité. La contrepartie étant que l’entreprise exportatrice devait faire pression sur son gouvernement national pour qu’il ouvre les portes à l’importation chez lui. C’était donnant-donnant, inter capitaliste, et c’était surtout bilatéral : «Tu m’ouvres tes frontières si je t’ouvre mes frontières et vice versa».

Le problème est différent maintenant puisque les entreprises n’ont plus de patrie – pas d’avantage que les ouvriers d’ailleurs. Récemment, la soi-disant Américaine General Electric a acquis la soi-disant Française Alstom. De fait, ces deux entreprises ont davantage d’investissements – d’employés (93000 et 304000) – d’intérêts – de ventes et d’achats dans divers pays (100 pays environ chacune) que dans leur soi-disant «mère patrie». De fait, l’exemple GE- Alstom démontre que le concept de nationalité d’une entreprise mondialisée est périmé.

Les ententes et la législation nationale et internationale

On le perçoit facilement, cette fusion de deux oligopoles ne concerne pas seulement les législations nationales (États-Unis-France), mais plus d’une centaine de législations nationales ou ces deux conglomérats économiques font des affaires. La législation internationale, la jurisprudence, le droit commercial international doivent s’ajuster à cette réalité de plus en plus généralisée puisque de telles fusions de méga entreprises ont lieu de plus en plus fréquemment. Et ne parlons pas des moyens de télécommunication qui permettent de suivre l’évolution des actions de ces deux entreprises sur les parquets boursiers en temps réel, et ce, de n’importe quelle ville du monde entier.

Les législations s’adaptent aux conditions d’exploitation


La plupart des entreprises multinationales ont des actionnaires communs, et parfois, via les banques, un banquier partagé, et des actifs croisés. Un farouche concurrent est en même temps un associé, une société partenaire, un co-investisseur dans une partie du monde, alors qu.il demeure un concurrent en Libye pour un contrat de construction d’oléoduc.

La législation nationale et internationale ne précède jamais le développement du mode de production et des rapports de production. La législation aussi bien d’un pays que d’un ensemble de pays (internationale) innerve, entérine et légalise les pratiques sociales, économiques, industrielles et commerciales prégnantes. Voilà essentiellement l’objet des négociations en cours pour l’entente de soi-disant «libre-échange» entre l’Union européenne et les États-Unis. Ces négociations sont incontournables – inévitables et nécessaires, du moins tant que ces deux ensembles multinationaux continuent d’être régis par le système d’économie impérialiste.

La CGT française «oppose» ces ententes de «libre-échange» UE-États-Unis ?
Dans une déclaration en date du 21 mai 2014, Wolf Jäcklein, responsable du Département international de la CGT déclare : «l’importance de se mobiliser pour empêcher que nous soit imposée cette alliance entre l’Union européenne et les États-Unis d’Amérique conclue dans l’opacité la plus totale». Il ajoute «Avec le traité de libre-échange transatlantique, des situations comme celles d’Alstom et Ascometal, on risque d’en avoir tous les jours !».

Le syndicaliste a simplement oublié d’ajouter que cette OPA – GE-Alstom s’est faite avant la signature de l’accord de libre-échange et que d’autres se préparent – dans un sens comme dans l’autre – (des multinationales européennes absorbant des multinationales américaines et vice versa). De fait, ces accords et ententes de «libre-échange» sont la conséquence de ces fusions – OPA – et non l’inverse. Pour entraver les fusions, les OPA, et la concentration monopolistique des entreprises capitalistes il faut combattre le capitalisme bien avant de condamner ces ententes qui entérinent ces fatalités.

Le bureaucrate syndical poursuit sa lubie : «Chacun voit bien, par exemple, que des entreprises comme Ascometal ou Alstom sont le jouet d’intérêts qui dépassent les États et que face aux dangers que fait peser la loi du marché sur l’emploi et le développement, il nous bâtir une autre Europe.». Ce n’est pas un danger (virtuel) que fait peser la «loi du marché» monsieur Jäcklein! C’est une calamité incontournable contre toute la classe ouvrière mondiale.

Où la CGT va-t-elle chercher l’idée que ces deux entreprises multinationales sont des «jouets» d’intérêts occultes. Ces deux multinationales (Ascometal et Alstom), originellement françaises, mais qui en fait depuis des années sont des entreprises capitalistes apatrides, tirent leurs profits d’ouvriers résidant dans plusieurs pays et elles distribuent leurs dividendes à des actionnaires résidants aussi dans de très nombreux pays. Dans son laïus le bureaucrate syndical tente aussi de créer une frontière entre les États et les intérêts privés internationaux étrangers.

L’État est le fidèle servant des actionnaires d’Alstom et d’Ascométal et si le Président de la République s’est commis d’une remarque à propos de ces fusions c’est dans l’unique objectif, et sur ordre des vendeurs d’actions, de faire monter les enchères pour cette transaction. La classe capitaliste monopoliste française ne veut surtout pas que leur État se mette les doigts dans ces tractations – ventes – achats – fusions qui ne le regarde pas, sachant bien que demain ce sera une entreprise multinationale ayant son siège social à Paris qui «avalera» une entreprise multinationale ayant pignon sur rue à New York.

Les intérêts de la CGT et de la gauche réformiste dans cette affaire


Mais nous n’avons pas encore élucidé ce que cherche la direction de la CGT par ses protestations véhémentes contre le libre-échange. Monsieur Jäcklein ajoute : «Le traité de libre-échange transatlantique, préparé dans la plus grande opacité, pousse en effet plus loin encore la domination des multinationales, car il se résume, de plus en plus clairement, à un grand agenda de libéralisation des deux économies, américaine et européenne. Il y a danger à voir se répéter les erreurs qui ont présidé à la création du Marché commun européen par le Traité de Rome en 1957». Peut-on être plus explicite ?

La direction de la CGT souhaite être conviée aux pourparlers – avoir droit au chapitre à la table de négociation, histoire de contribuer à faire avaler la pilule amère aux salariés. Pourquoi cet appel du pied de la CGT ? Pour lever l’opacité des négociations de cet accord qu’elle-même déclare mortel pour le prolétariat ? Monsieur Jäcklein poursuit : «L’UE a mis les travailleurs des pays membres en concurrence entre eux et [fut] un fer de lance du dumping social».

Les ouvriers français devraient expliquer à ces messieurs de la CGT que pour construire une Europe non capitaliste, véritablement socialiste, il faut d’abord abattre l’Europe impérialiste. Tant que ce mode de production et d’échange dominera l’économie européenne, les politiques, les traités et les ententes, la monnaie et les jeux d’alliances entrent ceux qui dirigent les gouvernements européens (locaux, régionaux, nationaux et multinationaux); et la concurrence sauvage se poursuivra, car elle est inscrite dans le code génétique du capitalisme.

Le fonctionnaire syndical se vente même d’une victoire à la Pyrrhus, et déclare : «Il y a tout juste deux ans, c’est en effet un mouvement citoyen qui a fait échouer la tentative d’imposer un accord sur la contrefaçon (« ACTA ») au Parlement Européen. Nous sommes loin d’être démunis!»

En effet, le grand capital européen ne souhaitait pas l’accord ACTA «tel quel», car la contrefaçon dont il est question se pratique à profusion à l’intérieur des frontières de l’Union et le traité ne traitait pas suffisamment de cette question. De plus, la Chine et l’Inde, deux pays fortement visés par L’ACTA, doivent être ménagés compte tenu de leur importance grandissante dans l’économie et le financement des déficits commerciaux internationaux. Enfin, l’ACTA n’a pas été abandonné, mais simplement référé à la Cour de justice européenne où se mèneront les tractations entre intérêts impérialistes rivaux avant que l’Accord ne soit entériné par la partie européenne avec modifications cosmétiques, futiles, à propos de la «sécurité des données» visant soi-disant à protéger la vie privée. Ce qui apaisera les associations citoyennes protestataires, manipulées par les grands groupes de presse. L’ACTA vise à organiser l’espionnage industriel, la surveillance de la recherche et des brevets, et pas du tout l’espionnage de l’ouvrier lambda manipulant sa machine à souder sur un chantier.

À la fin de l’entrevue, l’aristocrate syndical semble illuminé et il dévoile l’agenda caché de la CGT : «Ce sont les travailleurs qui créent les richesses, et sans respect pour leurs préoccupations, leurs conditions de travail, et leur légitime revendication sur la hausse de leurs salaires, il n’y aura pas de sortie de la crise. Face au traité de libre-échange transatlantique que l’on tente de nous imposer, l’exemple de Seattle nous montre que nous pouvons gagner et imposer un autre agenda.» En effet, les ouvriers créent la richesse. Mais s’il en est ainsi pourquoi se contenté d’exiger une prise en compte de leurs préoccupations et de leur «légitime» revendication face à ces traités et ces accords inégaux dits de «libre-échange» mortel?

Les ententes internationales entérinent les délocalisations


Messieurs de la CGT, ce qu’il faut dire aux militants c’est que ces tractations, accords et ententes de «libre-échange» ne sont pas la cause des délocalisations d’entreprises ni la cause de la concurrence imposée aux salariés européens et du monde entier, mais ils sont la conséquence de cette situation exigée par le développement de l’économie capitaliste. Les traités et les ententes de «libre-échange» ne sont jamais que des accords signés, après coup, qui viennent entérinés, officialisés un état de fait déjà fortement implanté sur le terrain industriel, économique, commercial, gouvernemental et social. C’est donc en amont des traités et des ententes qu’il faut combattre le mal et pas seulement en aval contre les effets de ces calamitées fatales.

D’ici là camarades militants anti-ententes-de-libre-échange, résister de toutes les façons possibles à ces accords, dont le crime n’est pas d’être négocié dans l’opacité, loin des bureaucrates syndicaux, mais dont le péché est de légaliser votre paupérisation, votre mise à la «raison» d’État, votre répression et votre liquidation comme classe sociale. Ils reculeront ou ils feront face à l’insurrection.

À LIRE EN COMPLÉMENT : http://www.publibook.com/librairie/livre.php?isbn=9782924312520
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(1) En plus des États-Unis, le Canada et le Mexique sont également impliqués dans ces accords via l’ALENA et des accords en voie de négociation entre le Canada et l’UE.
(2) http://www.les7duquebec.com/7-au-front/les-vrais-patrons-sont-derriere-les-rideaux-quatre-traites-inegaux/
(3) Manifeste du parti ouvrier (2014) http://www.publibook.com/librairie/livre.php?isbn=9782924312520

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