L’ÉCONOMIE TOUJOURS MOINS COMPLIQUÉE (3)

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L’ÉCONOMIE TOUJOURS MOINS COMPLIQUÉE (3)

Message par Admin le Mer 28 Mai - 11:46

La semaine dernière nous avons traité du rôle des banques, de la loi de la valeur et de son reflet bancaire et boursier. Il a été question du reflet monétaire de l’activité économique, ce terme étant général puisqu’il englobe toute forme de monnaie et de crédit (1). Cette semaine nous allons lever le voile sur la différence entre les notions de «prix» et de «valeur» des marchandises. Nous allons lever le voile également sur le phénomène de la concurrence en phase d’économie monopoliste globalisée et non concurrentielle (sic) !

Socialisé et socialiste, à ne pas confondre

Quelques correspondants éprouvent des difficultés à comprendre la loi de la valeur, et la loi de la concurrence «parfaite», surtout depuis que l’économie impérialiste est globalisée, mondialisée et contrôlée par d’immenses trusts et de grands oligopoles internationaux. Certains correspondants suggèrent que depuis l’avènement de l’impérialisme planétaire les lois économiques du capitalisme ont été chamboulées et donc que Marx est obsolète et désavoué (!)

Un correspondant écrit : «Ce que j’avance à titre de thèse, c’est qu’au stade monopoliste avancé, la production industrielle et le marché des marchandises constituent une sphère qui se trouve subordonnée à celle d’une production déjà hautement socialisée, sinon déjà socialiste, celle des trusts».

Méprise entre le mot «socialisé» et le terme «socialiste» que nous ne pouvons laisser passer. «Socialisé» - serait-ce de collectiviser la production en série – à la chaîne - fordiste et tayloriste (?) C’est possible, mais ce n’est pas le sens du mot «socialiste» puisque le pouvoir d’État – politique, économique – n’a jamais été accaparé par le prolétariat et tous les moyens de production, d’échanges et de communication n’ont jamais été expropriés, sans compensation, des mains des capitalistes pour être remis au pouvoir des soviets ouvriers.

Donc, aucun socialisme qui tienne sous l’impérialisme. Ces deux modes de production sont incompatibles et ne peuvent coexister. L’hégémonie de l’un entraine la disparition de l’autre et vice versa, comme nous avons pu l’observer en URSS devenue la Russie impérialiste.

Monopole et concurrence


Notre correspondant poursuit : «Dans cette sphère dominante, la situation du monopole le soustrait à la loi de formation de la valeur par le temps de travail, et le produit n’est plus à proprement parler une marchandise au sens classique, puisqu’il n’a plus à affronter le marché pour trouver son prix. La valeur classique cède le pas à la valeur fixée par les lois du marché des capitaux (et non plus des marchandises) détachés de sa base concrète (le temps de travail). Le monopole pompe ainsi (…) la plus-value extraite qui existe toujours au sens classique d’une part, et d’autre part impose des prix qui n’ont plus de rapport avec la valeur réelle, que l’on ne sait plus trop où chercher, ce qui lui assure l’équivalent d’une rente» (2).

Notre interlocuteur nous amène au cœur de la nouvelle école dilettante bourgeoise «marxisante» dont Monsieur Piketty est un des auteurs à succès auprès des impérialistes étatsuniens… la bourgeoisie sait reconnaitre les siens (3).

Disons d’abord que sous le mode de production capitaliste en phase impérialiste, toute chose est susceptible de devenir marchandise, un enfant en adoption, une jeune fille kidnappée, une prostituée, l’eau, une plage de sable blond et la Terre mère, tout et n’importe quoi est marchandise commercialisable. Autre caractéristique importante soulignée par Marx, une marchandise a tendance à se vendre à son prix et à sa valeur sociale moyenne, certains produits bénéficiant temporairement d’une plus-value extra alors que d’autres marchandises se vendent sous leur prix de revient et sous leur valeur sociale moyenne, jusqu’à disparaître du marché.

Ces caractéristiques de fixation des prix sont à la fois le résultat et ils entraînent dialectiquement la spéculation inflationniste sur les marchés boursiers à l’aide d’une monnaie de singe (le crédit) qui un jour «s’évapore» comme disait un banquier français (4). Si les prix fluctuent la valeur elle ne change pas. La valeur d’une marchandise est toujours déterminée par le temps de la force de travail employé à la fabriquer.

Les lois de la valeur et de fixation du prix d’une marchandise, expliquées par Marx, sont valides pour toute l’époque du mode de production capitaliste, y compris pour sa phase impérialiste qui n’est que son étape finale de dégénérescence, même si cela prend 200 ans à survenir.

Le phénomène de monopolisation que nous constatons présentement ne signifie pas que la concurrence ait disparue entre les grands trusts contrôlant 50%, parfois même 75% de la production d’une marchandise quelconque. Les chinois monopolisent 80% de la production des terres rares mondiales et pourtant ils ont des concurrents.

La cartellisation - la monopolisation, qui permet à quelques grandes entreprises de s’entendre pour fixer les prix des produits, exacerbe la concurrence entre elles. Chaque membre du cartel mondial de l’aluminium, par exemple, tente de mener une OPA inamicale contre ses concurrents. Chaque compagnie signataire de l’entente trahit sa signature alors que l’encre n’est pas encore sèche. Chacun tente de s’accaparer les marchés et subit les assauts des hausses de productivité de ses alliés et des entreprises concurrentes. Malgré l’entente de cartel, il n’y a jamais de répit concurrentiel entre elles. Cette guerre de classe inter-capitalistes est menée à une échelle incommensurablement plus grande qu’à l’époque du capitalisme vagissant, cela s’entend.

Accumuler le capital à travers la conquête des marchés


Pire, la concurrence, non pas pour l’accaparement des marchés de l’aluminium (pour reprendre notre exemple), mais pour l’accaparement des profits globaux et des capitaux généraux en circulation dans l’économie. Cette concurrence est exacerbée entre les trusts, les cartels, les monopoles de chaque secteur de production et entre tous les secteurs de production-commercialisation. Dans notre exemple, la marchandise aluminium n’est que le prétexte – l’objet – de la fabrication de plus-value et de son accaparement-accumulation, pour un investissement profitable et un nouveau cycle de reproduction élargie. Vous devez comprendre que les salaires et les conditions de travail et les conditions de vie des fondeurs d’alumine ne font pas partie des préoccupations de ceux qui font circuler cet argent-capital pour la reproduire, sinon pour en réduire l’impact sur les profits.

Fondamentalement, l’objectif de développement du capitalisme n’est pas de produire des biens à marchander, afin d’accumuler de l’argent – d’accaparer des marchés et d’être le plus grand producteur d’aluminium, d’acier, de ciment ou d’automobile à travers le monde. Tout ceci n’est que l’apparence des choses.

L’objectif que poursuit le mode de production capitaliste-impérialiste, indépendamment des acteurs capitalistes qui s’activent à son chevet, est de se reproduire en plus grand (la reproduction élargie). Pour parvenir à se reproduire de manière agrandie (élargie), le capitalisme a développé deux modalités simples et efficaces :

A) Le travail salarié. Faire produire de la plus-value et du salaire aux ouvriers. Le premier étant accaparé par le capitaliste et le second étant laissé au salarié, que l’on tentera de dépouiller plus tard sur le marché de consommation par la pratique des prix inflationnistes et la dépréciation du pouvoir d’achat.

B) L’accaparement privé du capital - de la richesse - de l’argent - de la plus-value et des profits, qui de cette façon, par phénomène d’induction, s’accumulent à un pôle de l’aimant capitaliste. Sans ce principe simple tout l’échafaudage s’écroule. C’est l’appropriation privée (y compris par l’entremise de l’État des riches) qui permet l’accumulation et le réinvestissement et la valorisation et la reproduction élargie du capital, vulgairement appelée croissance de «l’économie» et hausse du PIB.

Une immense entreprise de production d’aluminium (pour poursuivre notre exemple) ne cherche pas tant à devenir le plus grand producteur d’aluminium sur terre mais bien plutôt à devenir la plus grosse anode d’attraction du capital au monde. En cela, chaque entreprise monopoliste, quel que soit son domaine d’activité, est en concurrence acharnée avec tous les autres monopoles de l’aluminium mais aussi contre ceux de l’acier, de la construction de navires, de la construction d’avions, de la production d’automobiles, pour l’accumulation de capital à valoriser et à faire fructifier en nouveau capital concentré. Une loi du capitalisme exige – réclame – induit la concentration. Alors quand «l’économiste» Piketty s’offusque et braille à propos de l’injuste répartition de la richesse sociale il expose ainsi sa totale ignorance de l’économie capitaliste.

C’est la raison pour laquelle nous disons que l’impérialisme c’est le règne du capital roi et de la concurrence exacerbée. C’est la guerre économique totale et permanente entre les oligopoles de toutes provenances et pour toute marchandise (qui n’est que valeur d’usage transformée en valeur d’échange monétarisée).

De la nécessité de la concurrence pour assurer l’attractivité

Revenons aux allégations de notre interlocuteur qui prétend que le règne des monopoles leurs permettraient de fixer les prix des marchandises au niveau qui leur plaît, ce qui rendrait obsolète la loi de la valeur élaborée par Marx.

Un monopole qui fixerait ses prix sans tenir compte de quiconque – en ignorant ses concurrents – c’est-à-dire sans tenir compte de tous les autres producteurs de tous les autres produits disponibles sur le marché mondialisé – ferait faillite ou serait absorbé (OPA) par l’un ou l’autre de ses concurrents, car il chasserait de la sorte tout le capital qu’il cherche pourtant à attirer vers son électrode. Ses ventes s’amenuiseraient comme peau de chagrin, ses prix trop élevés amenant ses clients à se passer de son produit, ou à trouver un substitut. Exemple, l’aluminium est en concurrence avec l’acier et avec les produits composites pour la fabrication des voitures.

Conclusion: le système d’économie politique capitaliste est dans l’impasse, non pas parce qu’il aurait changé sa manière de fonctionner ; non pas parce qu’il obvie ses lois nécessaires de développement ; mais simplement parce qu’il y obéit aveuglément. Contrairement aux réformistes, nous disons qu’il ne peut en être autrement. Ce mode de production est caduc. Il a complété sa vie utile et il doit être remplacé par le mode de production socialiste planifié qui sera beaucoup plus performant.
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VOLUME D’ÉCONOMIE GRATUIT. Téléchargez : http://www.robertbibeau.ca/VolumeDeclin.html

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(1) http://www.les7duquebec.com/7-au-front/189621/ et aussi http://www.les7duquebec.com/7-au-front/leconomie-ce-nest-toujours-pas-compliquee/
(2) http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/l-economie-ce-n-est-toujours-pas-151899
(3) Piketty, économiste à la solde qui publie de grosses briques de 650 pages. Superstar de l’économie capitaliste, mais comme ses comparses, incapable de régler le moindre problème du système qu’il conspue : http://plus.lapresse.ca/screens/4ee1-9d6c-535a8662-bd65-329aac1c606d%7C_0.html
(4) http://www.robertbibeau.ca/VolumeDeclin.html




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