DE L'INSURRECTION À LA RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE (5)

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DE L'INSURRECTION À LA RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE (5)

Message par Admin le Jeu 2 Juil - 1:09

CHAPITRE 5 LES CONDITIONS DE LA RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE


Sans théorie révolutionnaire pas de révolution prolétarienne

63. Sous n'importe quel mode de production quand les rapports sociaux de production entravent le développement des moyens sociaux de production, notamment des forces productives vivantes (la force de travail ouvrière), c'est que ce mode de production en crise systémique a fait son temps historique et qu'une révolution sociale et économique se prépare.

64. Toute révolution sociale est un processus par lequel la classe porteuse des nouveaux rapports sociaux de production - qui libéreront les moyens de production et donc les forces productives - établit sa domination économique, politique, sociale et idéologique sur l'ensemble de la société. La révolution prolétarienne n'échappera pas à cette coercition, mais ses facteurs de réalisation et son contenu différeront des révolutions sociales antérieures. Les révolutions précédentes (de l'esclavagisme au féodalisme et du féodalisme au capitalisme) se trouvaient à la charnière de deux modes de production dominée par la pénurie et ces révolutions (féodales puis bourgeoises) avaient pour fonction de substituer la domination d'une classe exploiteuse - la noblesse - par la domination d'une autre classe exploiteuse - la bourgeoisie - chargée de résoudre la contradiction fondamentale du système antérieur et d'établir un nouveau mode de production performant fondé sur deux nouvelles classes antagonistes et interdépendantes (bourgeoisie et prolétariat).

65. Cependant, la révolution prolétarienne aura pour but de remplacer des rapports de production basée sur la pénurie (relative) par des rapports de production fondée sur l'abondance. C'est en cela qu'elle signifiera la fin de toute forme de propriété privée, de privilèges et d'exploitation de classe (1).

66. Ces différences confèrent à la révolution prolétarienne les caractéristiques suivantes :

A) Elle sera une révolution sociale de dimension mondiale qui ne pourra atteindre ses objectifs qu'en se produisant au moment où l'ancien mode de production décadent aura atteint son plein épanouissement économique, au moment ou il ne lui sera plus possible de contenir davantage de capital valorisable et de forces productives exploitables avec profit (production de plus-value ouvrière). Marx soulignait qu’un mode de production – une formation sociale – ne disparaît « jamais avant que soient développées toutes les forces productives qu’il est assez large pour contenir » (2). Lénine a repris cet axiome marxiste dans cet écrit : «Le socialisme est impossible sans la technique de la grosse industrie capitaliste, technique organisée selon le dernier mot de la science moderne ; il est impossible sans une organisation méthodique réglée par l'État et qui impose à des dizaines de millions d'hommes la stricte observation d'une norme unique dans la production et la répartition des produits. Nous, marxistes, l'avons toujours dit ; quant aux gens qui n'ont pas compris même cette vérité (tels que les anarchistes et une bonne moitié des socialistes révolutionnaires de gauche) (...) » (3). La révolution prolétarienne ne peut donc survenir que lorsque le mode de production capitaliste aura atteint son stade impérialiste décadent, c'est-à-dire, le stade où il ne peut plus valoriser, ni reproduire, ni concentrer, davantage de capitaux. Le capitalisme a aujourd'hui atteint cette limite systémique.

B) Elle sera la première révolution qui ne puissent atteindre ses buts qu'en se généralisant à tous les pays - à plus ou moins long terme - puisqu'en abolissant la propriété privée la révolution prolétarienne devra abolir l'ensemble des législations, des frontières et des cadres juridiques et administratifs sectoriels, régionaux, nationaux et internationaux bourgeois qui structurent et imposent le pouvoir du capital international.

C) Pour la première fois dans l'histoire, la classe révolutionnaire sera l'ancienne classe exploitée dans le mode de production antérieure. La classe révolutionnaire prolétarienne ne pourra s'appuyer sur ses richesses accumulées ou sur un pouvoir économique quelconque dans sa conquête du pouvoir politique. La classe prolétarienne n'aura aucun intérêt économique spécifique à défendre si ce n'est l'intérêt économique de la société tout entière. Ce sera la première révolution dans l'histoire où la prise de pouvoir politique précédera la prise en charge de toute l'économie sociale, d'où son nom d'économie prolétarienne socialiste.

D) Pour la première fois, la classe révolutionnaire sera la classe exploitée. Ceci implique que la lutte comme classe aliénée ne peut en aucun cas être dissociée de la lutte comme classe révolutionnaire. Comme le marxisme l'a toujours affirmé contre les théories socialistes utopistes et petites-bourgeoises réformistes, le développement de la lutte révolutionnaire est conditionné par l'approfondissement et la généralisation de la lutte de classe du prolétariat mondial.

L'insurrection sera prolétarienne, la révolution prolétarienne sera communiste

67. Au cours de ce mouvement qui va des soulèvements populaires spontanés, en de nombreux pays et régions à la fois, à l'insurrection globalisée, à la révolution prolétarienne mondialisée, puis à la consolidation de la dictature mondiale du prolétariat (non pas la dictature d'un appareil bureaucratique de parti) s'imposera peu à peu le rôle moteur et dirigeant de la classe prolétarienne - l'éloignant de tous contaminants petits bourgeois, paysans, populistes, citoyens, communautaires et communalistes, et autres appellations derrières lesquelles la gauche bourgeoise dissimule les classes et fragments de classe pseudo révolutionnaires cherchant à dévoyer la révolution prolétarienne pour qu'elle serve leurs intérêts et non pas ceux de la classe prolétarienne révolutionnaire. Lénine a écrit des textes importants à propos de l'absolue nécessité de ne jamais arrimer la Révolution bolchevique au char de la paysannerie russe ou de la petite bourgeoisie menchevik.

« Dans une perspective révolutionnaire le prolétariat dans son ensemble, et au premier rang ses grandes concentrations, reste la seule force sociale capable, par son rôle central dans les rapports de production, d’unifier les revendications sectorielles ou catégorielles d’autres couches sociales, de les empêcher de dégénérer en révoltes corporatives, de les diriger dans la voie de la lutte pour le pouvoir et de la prise en main de la production par les producteurs eux-mêmes […]. Les explosions ouvrières existent, se répètent, et le capitalisme n’a pas pu les éviter depuis plus d’un siècle. C’est un fait têtu, dont le retour est inscrit dans la structure même des rapports de production capitalistes. À partir de là, la question n’est pas de se désespérer parce que la classe ouvrière n’est pas quotidiennement révolutionnaire, mais de chercher dans quelles circonstances exceptionnelles elle peut le devenir, comment s’y préparer et y contribuer » (4) ?

68. Afin d'identifier les conditions de la révolution prolétarienne communiste, il faut préciser les conditions d'évolution du mode de production capitaliste (MPC) et ne jamais oublier qu'en tout temps l'instance économique de la lutte de classe reste dominante, alors qu'en contexte de crise insurrectionnelle prolétarienne les instances idéologique et politique deviennent déterminantes. Elles ne le deviennent pas mécaniquement ni spontanément. C'est du niveau de conscience révolutionnaire de la classe prolétarienne "pour soi", combinée à l'existence d'organisations révolutionnaires - éventuellement regroupées en Parti politique de classe national et international - que dépend cette évolution de l'insurrection inorganisée via la résistance économique spontanée vers la lutte révolutionnaire de classe consciente visant la conquête de tout le pouvoir politique d'abord, économique ensuite et idéologique enfin.

69. C'est par un contre-exemple - tiré de l'oeuvre d'un intellectuel de gauche que nous poursuivons cette étude des conditions requises pour une insurrection prolétarienne spontanée nécessaire, et pour une révolution prolétarienne consciente réussie pour l'édification du mode de production communiste à travers une phase de transition socialiste.

Nous réfutons l'argumentaire révisionniste qui prétend que : « Le mode de production "pur", tel que Marx l’a construit à partir de la formation sociale anglaise du XIXe siècle n’existe pas dans la réalité. Il constitue un objet abstrait formel, un archétype avec lequel aucune formation sociale concrète ne coïncide. » Et pour cause, Nicos Poulantzas considère dans son ouvrage Pouvoir politique et classes sociales une formation sociale comme « le chevauchement spécifique de plusieurs modes de production “purs” ». Nicos Poulantzas ajoute : « La formation sociale constitue elle-même une unité complexe à dominante d’un certain mode de production sur les autres qui la composent. » La crise révolutionnaire que nous étudions n’est donc pas la crise d’un mode de production, parce qu’entre modes de production il y a transformation et non crise (sic). La seule crise dont il peut être question est celle d’une formation sociale déterminée où les contradictions du mode de production prennent vie et s’actualisent au travers des forces sociales réelles qui y sont impliquées. L’histoire tout entière est formée d’actions de personnalités qui sont des forces agissantes (sic) » (5).

Quand une formation sociale - le produit d'un mode de production dominant - constitue, comme l'écrit cet auteur « le chevauchement spécifique de plusieurs modes de production - une unité complexe à dominante (...) » c'est que ce mode de production capitaliste (MPC), dans cette formation sociale bourgeoise spécifique, n'a pas encore atteint son stade suprême - impérialiste "pur" et décadent - ce moment où plus aucune solution n'émerge de cette gangue économique, sociale et politique putride qui ne trouve son "salut" que dans son autodestruction meurtrière. En d'autres termes, cela signifie que la première et la seconde condition fondamentale pour une révolution prolétarienne réussie ne sont pas réunies.

Pour ce qui concerne le rôle des « personnalités révolutionnaires, forces agissantes (...) », nous prolétaires communistes pensons sincèrement que les personnalités sont forgées et placées à l'avant-scène du mouvement social dans la mesure où elles correspondent aux nécessités des tâches historiques de l'époque. Ce ne sont ni les partis politiques ni les chefs charismatiques et populistes qui forgent l'histoire des classes sociales, ce sont les classes sociales qui façonnent leurs chefs selon les besoins et les contingences du moment historique.

La contradiction fondamentale apporte la crise systémique qui apporte l'insurrection

70. Le développement systémique et systématique du mode de production capitaliste "pur" implique le développement total de la contradiction principale du MPC, à savoir la contradiction entre le capital et le travail, la contradiction entre la classe bourgeoise et la classe prolétarienne, la contradiction entre la propriété privée des moyens de production et d'échange et les forces productives sociales. Cette contradiction pousse le système capitaliste en avant et lui donne sa vie et son mouvement jusqu'au jour où le capital ne rencontre plus les conditions de sa valorisation - de sa reproduction élargie - d'où l'impossibilité pour lui de se réaliser en tant que profit capitaliste. Du capital non valorisé - non enrichie de plus-value - c'est du capital mort et c'est du capitalisme moribond, une formation sociale "pur" en putréfaction dégénérative. C'est ce que l'on appelle la crise économique systémique du capitalisme en phase impérialiste.

71. L'incapacité du mode de production capitaliste d'accomplir son cycle reproductif amène les forces du capital à imaginer des solutions bidon comme de propager le crédit à profusion (voir le Tableau 2); à émettre quantité de monnaie sans valeur; et à imposer (ou à faire imposer via ses gouvernements inféodés) des mesures, des programmes, des politiques d'austérité afin de modifier la répartition du capital entre l'achat de la force de travail vivant nécessaire (le salaire) et la "rémunération" (sic) du capital (le profit). Sachant que les dépenses de l'État bourgeois sont essentiellement des dépenses visant à assurer les conditions de la valorisation du capital, c'est l'ensemble du budget de l'État qui est mobilisé par ces mesures d'austérité généralisées qu'il est vain de contester. Le temps très bref de l'État providence a fait son temps - voici le temps de l'État policier-austérité qui créera les conditions de l'insurrection prolétarienne spontanée tant souhaitée.

Tableau 2




72. Ici une explication s'impose. Tous auront observé les mouvements de protestation et les manifestations populaires qui se multiplient et prennent de l'ampleur telle les mouvements d'étudiants, de salariés paupérisés, de chômeurs délaissés, de pauvres et d'assistés sociaux, de migrants de la faim et de la misère, d'expatriés et de réfugiés des guerres d'agression impérialistes, d'agriculteurs appauvris, de paysans sans terres, de travailleurs de la fonction publique saqués, d'écologistes utopistes, de féministes et de petits bourgeois en voie de délitement, de moyens bourgeois en faillite, et nous en passons. Ces mouvements de protestation sont nécessaires, mais insuffisants. Tant que la classe prolétarienne, en tant que classe consciente "en soi" ne se sera pas mise en marche pour la défense de ses conditions de vie et de travail; tant que la classe prolétarienne ne se sera mise de la partie dans de vastes mouvements de grève générale rien ne sortira de toute cette agitation que les communistes ne doivent pas tenter de diriger. La gauche prolétarienne communiste n'est intéressée que par les activités révolutionnaires de sa classe sociale et non pas de fédérer et "d’unifier les revendications sectorielles ou catégorielles d’autres couches sociales, (pour) les empêcher de dégénérer en révoltes corporatives (...)", ce qu'elles sont ces revendications (corporatistes) dès l'origine et il ne peut en être autrement. Tous ces mouvements de protestation à l'échelle locale, nationale et même internationale (Occupied, les indignés, etc.) sont utiles en ce qu'ils créent certaines conditions de l'insurrection prolétarienne à venir que nous allons maintenant examiné.

73. Contrairement à ce que prétendent les économistes de la gauche universitaire, syndicale et populiste, il n'est pas important pour le bon fonctionnement du régime capitaliste monopoliste que le pouvoir d'achat des salariés soit fauché par les coupures des salaires directs versés aux salariés, et par les restrictions imposées par l'État bourgeois aux versements de transfert social, et par la diminution des dépenses gouvernementales en achat de biens et d'équipements. L'État pourrait tout aussi bien expédier un chèque de plusieurs milliards de dollars directement aux banquiers et le capital réaliserait ainsi son profit. Il suffit de penser que lors de la crise des "subprimes" et des produits dérivés aux États-Unis en 2008 et 2009 le gouvernement américain n'a pas versé ses crédits et subventions aux petits propriétaires afin qu'ils maintiennent leur pouvoir d'achat et paient leurs arriérés d'hypothèques. Le gouvernement américain a versé des milliards de dollars directement aux banques, aux trusts et aux grandes corporations multinationales industrielles et il a ainsi réussi à colmater temporairement l'hémorragie des profits. Il en est de même de la crise de la dette souveraine et de la crise des dettes privées qui plombent l'ensemble de l'économie impérialiste globalisée et mondialisée. N'eût été que le capital international ne parvient plus à se valoriser, toutes ces dettes combinées pourraient bien continuer à s'empiler sans que le système économique et social capitaliste ne s'effondre. C'est quand un mode de production ne parvient plus à se reproduire - quand par son fonctionnement naturel il se dirige vers sa paralysie dégénérative que la situation de crise endémique prend des proportions pandémiques.

74. Toutes ces dettes accumulées, ce crédit gigantesque et insolvable n'ont aucune importance du point de vue de la reproduction élargie du mode de production capitaliste. Aucune importance dans le sens qu'il n'est pas déterminant, il ne constitue pas l'essence ni l'eau dans l'essence du système. Ce crédit - ce néant de valeur d'usage - n'est qu'un indicateur du niveau de paralysie qu'a atteint le système financier censé réguler le fonctionnement de l'ensemble du système de reproduction élargie du profit. Personne n'a identifié un seuil numérique d'endettement au-delà duquel un système financier s'enraye. Le jour venu, le capital international effacera cette dette surfaite d'un trait de plume comme le fit l'Allemagne, en 1923-1924, quand l'empire germanique a dévalué le mark (6). Même chose pour le Franc français en 1945-1948 et 1949 (trois dévaluations consécutives) (7).

75. C'est dire que la première et la plus fondamentale des conditions nécessaires de l'insurrection prolétarienne est inéluctable. Que les gauchistes excités cessent de s'agiter telle la mouche du coche autour de l'attelage prolétarien - la tempête est au large et le rafiot bourgeois s'y dirige tout droit. Il faut laisser aller cette agitation puérile - ces manifestations en série pour dénoncer ceci et s'indigner de cela, pour signer les pétitions contre ceci et pour s'offusquer de grandes injustices, pour dénoncer l'évasion fiscale et la concentration de la richesse entre quelques mains de ploutocrates condescendent. Laissons la petite bourgeoisie s'éreinter à promouvoir ces protestations réformistes quémandant la justice à l'État des riches, pendant qu'elle s'agiote de la sorte la petite bourgeoisie se donne de l'importance et elle se croit en position avantageuse pour la prochaine curée des paumés. Si la petite bourgeoisie est une sous-classe numériquement importante sous le mode de production capitaliste à son stade impérialiste c'est aussi une sous classe appelée à s'étioler au fur et à mesure de l'approfondissement de la crise systémique ce que le petit-bourgeois sent confusément, et il s'indigne, lui qui a une si grande estime de sa personne narcissique, il ne comprend pas que les politiciens et leurs milices publiques et privées ne se rendent pas compte de son mérite et de son pouvoir de nuisance qu'il a déjà manifestés lors des événements de Mai 1968 en Europe. Il peut recommencer pense-t-il si on ne lui donne pas sa pâté bien mérité (Cool.

76. Ainsi, le mode de production capitaliste, à son stade impérialiste, poursuit sa descente aux enfers par la baisse tendancielle du taux de profit moyen et contrairement à la mystique véhiculée par les petits bourgeois de gauche comme de droite aucun État-nation ne peut inverser cette tendance inscrite dans les gènes du mode de production capitaliste moribond. L'État bourgeois ne peut être le moyen d'une solution de la crise systémique du capitalisme et de ses politiques d'austérité pour la raison que l'État bourgeois ne peut pas être autre chose que l'organisateur et l'administrateur de la reproduction du capital, d'abord en assurant la reproduction de la force de travail. Un organisateur de plus en plus essentiel au fur et à mesure de son développement historique. Pire, tout renforcement du rôle de l'État-nation bourgeois ne peut être qu'un renforcement de la dépossession des travailleurs des moyens de leur existence, un renforcement de la dictature bourgeoise et de la domination sur eux du capital étatisé et privé et de ses représentants, larbins bourgeois que Marx appelait "les fonctionnaires du capital" parce qu'ils ne font qu'exécuter les lois - ou voter les lois - rendant l'exploitation et la spoliation plus aisée. Toute cette mystique utopiste se fait sous les cris de la "démocratie participative, citoyenne, laïc et républicaine dans l'État sacré de notre passé et nos valeurs nationales collectives" (sic) et autres sottises démagogiques. Cet étatisme contemporain transcendant les luttes de classes n'est pas un fait du hasard ni un choix parmi d'autres, il manifeste une tendance au totalitarisme inhérente à l'essence même de l'État bourgeois sur lequel repose le sort de la petite bourgeoisie désemparée et le sort de la grande bourgeoisie désespérée en cette époque où l'impérialisme a atteint sa complète maturité, sa décadence immanente (9).


La seconde condition de la révolution prolétarienne

77. La contradiction fondamentale du mode de production capitaliste étant pleinement développée comme nous l'avons examiné précédemment la classe capitaliste internationale ne trouvera plus d'autres moyens pour survivre que de se lancer dans de multiples guerres pour le partage des zones d'influence, pour le partage des secteurs de ressources, des zones d'exploitation de la main-d'oeuvre et pour le partage des marchés, afin, espérera chacune des alliances impérialistes concurrentes, de relancer le processus de reproduction élargie de son capital en panade. Ces guerres de rapines se mèneront d'abord aux marges des zones d'influence de chacune des alliances, dans les Balkans, dans le Caucase, en Ukraine, au Moyen-Orient et en Afrique pour une des alliances; au Nicaragua, au Venezuela, en Colombie, en Équateur, en Bolivie, au Brésil, en Afrique, au Népal, au Vietnam, au Myanmar et en Corée du Nord pour l'autre alliance. Le monde vit sous cette conjoncture de guerres locales plus ou moins larvées, plus ou moins contrôlées depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale (nous avons observé au moins 100 guerres locales entre 1945 et 2015). Puis, les conditions de reproduction et de valorisation du capital se détériorant encore davantage, puisque ces guerres ne feront rien pour relancer la valorisation du capital, les différentes alliances impérialistes en viendront à s'affronter directement, ce sera la Troisième Grande Guerre mondiale qui forgera la seconde condition objective pour le déclenchement de l'insurrection prolétarienne.

La révolution empêchera la guerre ou la guerre entraînera la révolution

78. Au cours du siècle passé, les communistes ont espéré que la révolution prolétarienne pourrait empêcher le déclenchement d'une guerre mondiale et ils ont été déçus à deux reprises. C'est difficile à admettre, mais seule la détresse provoquée par une guerre internationale meurtrière - apocalyptique - , l'appauvrissement de la classe ouvrière et des masses paysannes en pays sous-développés - la destruction d'une grande quantité de moyens de production (de capitaux), la dislocation anarchique des rapports de production capitalistes, convaincra le prolétariat, si souvent trompé, si souvent trahi, si souvent bafoué, si profondément aliéné à se présenter sur la scène de l'histoire pour imposer son alternative ultime à la déprédation capitaliste.

79. Les organisations de la gauche bourgeoise et prolétarienne n'ont aucune prise sur le processus insurrectionnel prolétarien spontané. La responsabilité de la gauche communiste révolutionnaire refusant la bolchevisation de ses organisations, le sectarisme et le dogmatisme qui l'accompagne, et respectant le droit de fraction au sein des organisations ; sera de bien comprendre le processus insurrectionnel spontané et désordonné, d'en apprécié correctement le développement, et au moment opportun, de proposer une direction révolutionnaire via des mots d'ordre appropriés. Surtout, aucun mot d'ordre réformiste comme le feront des dizaines et des dizaines d'organisations de la gauche bourgeoise opportuniste excitées à l'idée de se partager l'assiette au beurre du pouvoir bourgeois "rénové" (sic).

Lénine a dû se résigner à proposer des mots d'ordre réformistes comme le slogan "Pain, paix et terre", car le gros des forces révolutionnaires bolcheviques était composé de moujiks, de petits bourgeois d'officiers et de salariés de l'État. Le prolétariat russe, minoritaire, manquait d'expérience et de maturité révolutionnaire. Ce compromis sera non seulement inapproprié dans les conditions de la prochaine insurrection prolétarienne, mais il serait un crime et une trahison contre la révolution. La prochaine insurrection prolétarienne mondiale ne se fera pas dans les conditions d'un mode de production en transition entre le féodalisme paysan et le capitalisme ouvrier ascendant. La prochaine insurrection prolétarienne spontanée se fera dans les conditions extrêmes de l'impérialisme décadent et agonisant, mais encore cruel.

Guerre mondiale, puis insurrection prolétarienne internationale

80. La guerre mondiale est donc la seconde condition de la crise qui provoquera les soulèvements sociaux, qui enclencheront à leur tour l'insurrection prolétarienne mondiale, qui, nous l'espérons, pourra provoquer l'avènement de la révolution prolétarienne communiste. Voilà l'ordre de mise en place de la révolution mondiale et voilà la troisième condition d'une insurrection prolétarienne réussie se transformant de révoltes localisées en révolution prolétarienne communiste à l'échelle planétaire. La société socialiste de transition entre le mode de production capitaliste et le mode de production communiste ne peut absolument pas se construire dans un seul ou dans quelques pays isolés comme l'a démontré l'échec du pseudo "camp socialiste". Cette édification devra se faire sous la dictature du prolétariat dans un très grand nombre de pays simultanément sinon les capitalistes mèneront des guerres d'agression contre le ou les jeunes états socialistes encore instables et désorganisés. Mais comment une insurrection prolétarienne spontanée et mondialisée peut-elle se transformer en révolution prolétarienne communiste mondiale ?

81. Nous avons vu précédemment que ce scénario révolutionnaire a effectivement été réalisé en 1917 dans le cadre de la Révolution bolchevique qui frappa toutes les Russies. Pourtant, cette Révolution ne fut pas une Révolution prolétarienne communiste jusqu'au bout parce que l'insurrection populaire qui là précédé s'appuyait surtout sur la classe paysanne en révolte. La Première condition fondamentale d'une Révolution communiste mondiale c'est qu'elle origine d'une insurrection qui si elle n'est pas prolétarienne au départ - le devienne rapidement par la suite - sans quoi - l'insurrection populaire sera récupérée par d'autres classes ou segments de classes sociales non révolutionnaires intéressées par la défense de leurs intérêts privés. Le Parti bolchevique a dû se substituer à la classe prolétarienne et imposer sa dictature de parti afin de mener à bien le renversement de l'État féodal tsariste, il marquait en cela l'impossibilité de "volontairement" imposer la révolution anticapitaliste à une société pas encore solidement implantée dans le capitalisme. Une telle confusion ne doit pas se reproduire.

82. Qui dit classe prolétarienne pense mode de production capitaliste monopoliste d'État largement développé, productiviste, moderne, mécanisé, numérisé, informatisé, à très haute productivité, globalisé, internationalisé et interdépendant mondialement en un procès de développement inégal (d'un pays à un autre) et combiné (d'un secteur économique à l'autre, d'une zone industrielle à une autre). Bref, la classe prolétarienne est la classe sociale qui exprime par son développement international le niveau de développement du capitalisme à son stade impérialiste décadent le plus avancé. Marx a expliqué que sous le capitalisme les deux classes sociales antagonistes - prolétariat et bourgeoisie - étaient intimement liées l'une à l'autre dans la phase ascendante - durant la phase d'apogée - et dans la phase déclinante - impérialiste - du mode de production capitaliste. Les idéologues marxistes ont ajouté que seule la classe prolétarienne développée, moderne, formée, consciente et combative serait la classe sociale totalement et pleinement révolutionnaire jusqu'au bout. Les moujiks russes analphabètes, les paysans illettrés des rizières de Chine, du Vietnam, du Cambodge, les paysans affamés des hauts plateaux du Népal, les fellahs égyptiens paupérisés, les éleveurs touaregs nomades du Sahel, les agriculteurs indiens paupérisés, les paysans sans-terre de Cuba ou d'Amazonie, etc. ne peuvent en aucun cas enclencher une insurrection prolétarienne mondiale.

La quatrième condition pour une révolution prolétarienne communiste

83. Crise systémique, guerre nucléaire généralisée, insurrection prolétarienne spontanée, entraîneront comme l'écrivait Lénine « L’impossibilité pour les classes dominantes de maintenir leur domination sous une forme inchangée […] impliquant que la base (sociale) ne veuille plus vivre comme auparavant et que le sommet [bourgeoisie] ne le puisse plus ». De plus « L’aggravation, plus qu’à l’ordinaire, de la misère et de la détresse des classes opprimées entraîneront plus qu'à l'habitude des soulèvements populaires en série. D'où l’accentuation de l’activité populaire des masses » et éventuellement la révolution prolétarienne consciente pour l'édification du mode de production communiste (10). Chacun aura noté que Lénine indique "les classes dominantes" et "des classes opprimées", au pluriel, justement parce que le parti bolchevique tentait de mener une révolution prolétarienne dans une société en transition entre l'ancien mode de production féodal (noblesse contre serfs) et le nouveau mode de production capitaliste (bourgeoisie contre prolétariat). La prochaine grande vague d'insurrection prolétarienne ne se fera pas sous ces conditions mitigées.

84. L'expérience lamentable des collusions sous forme de fronts unis inter classes entre des segments de la bourgeoisie dite "démocratique - libérale" et la classe prolétarienne (du Front Populaire à la Seconde Guerre impérialiste, en passant par la guerre d'Espagne républicaine bourgeoise) nous a enseigné à rejeter ce type de compromis opportuniste où la classe prolétarienne se met au service d'une section de la bourgeoise - totalitaire "libérale" - afin de l'aider à imposer son hégémonie aux autres fragments de la bourgeoisie totalitaire "non libérale" (sic) et à imposer sa domination sur la classe ouvrière tout entière, cette dernière ne servant que de chair à canon dans ce marché de dupes frontiste. Aucune union interclasses antagoniste ne tient la route. Tous les segments de la bourgeoisie sont pareils, pendant les élections "démocratiques" bourgeoises, comme devant leurs banquiers en larmes, comme devant leurs officiers pour réprimer.

85. La réciprocité de ces prémisses est évidente : plus le prolétariat agira résolument et avec assurance, guidé par des mots d'ordre pertinents et révolutionnaires (sans compromis) et plus il aura la possibilité d’entraîner sous sa direction les couches intermédiaires, plus la classe dominante sera isolée, plus la démoralisation s’accentuera chez elle. Par contre, la désagrégation des appareils de la gouvernance capitaliste (dont l'État bourgeois est la pièce maîtresse) est obligatoire, d'où la nécessité pour les communistes de rejeter tout recours, tout appel au renforcement des lois et de la gouvernance de l'État bourgeois, ou en faveur de la dissolution de telle ou telle alliance. Nous ne luttons pas pour sortir tel ou tel pays de telle ou telle alliance impérialiste. Nous luttons pour écraser toutes les alliances impérialistes. C'est la raison pour laquelle les communistes ne participent pas aux ralliements pour demander à l'État bourgeois de sortir de l'OTAN, de renforcer l'État national bourgeois, de sortir de l'Euro ou de l'ALENA, et nous ne signons pas des pétitions pour réclamer la clémence de l'État et le renforcement des mesures de soi-disant "sécurité". L'État bourgeois est la source de toutes les insécurités et de toutes les formes de terrorismes à petite et à grande échelle.

Le parti prolétarien révolutionnaire communiste

86. Si l’estimation objective d’une situation révolutionnaire paraît sujette à caution, l’intervention d’un ultime vecteur, qui unifiera les différents facteurs et matérialisera leur interaction corrigera les dangers de "volontarisme" révolutionnaire. Certains marxistes le considèrent comme la condition dernière dans le dénombrement, mais non dans l’importance pour la conquête du pouvoir par la classe prolétarienne « le parti révolutionnaire en tant qu’avant-garde unie et trempée de la classe », ou alors un regroupement d'organisations communistes révolutionnaires, aura la tâche de faire en sorte que la classe prolétarienne prenne pleinement conscience de sa mission historique qui n'est pas de corriger les injustices du capitalisme, ni d'enrayer la destruction écologique de la planète, mais de créer un nouveau mode de production - communiste qui aura comme conséquence de stopper la destruction de la planète. Quant à Lénine, il fait de cette dernière condition le point de différenciation entre la révolution prolétarienne communiste et la crise révolutionnaire insurrectionnelle sans lendemain « La révolution ne surgit pas de toute situation révolutionnaire, mais seulement dans le cas où, à tous les changements objectifs énumérés, vient s’ajouter un changement subjectif, à savoir : la capacité, en ce qui concerne la classe révolutionnaire, de mener des actions de masse assez vigoureuses pour briser complètement l’ancien gouvernement, qui ne tombera jamais, même à l’époque des crises, si on ne le fait choir. » (10).


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(1) Plateforme du Courant Communiste International (CCI) adopté par le Premier congrès. (1975) http://fr.wikipedia.org/wiki/Courant_communiste_international
(2) K. Marx (1859) Contribution à la critique de l'économie politique.
(3) Daniel Bensaïd, « Mémoire de maîtrise, La notion de crise révolutionnaire chez Lénine », 1968, à retrouver sur ce site : http://danielbensaid.org/La-notion-de-crise-revolutionnaire
(4) http://danielbensaid.org/La-notion-de-crise-revolutionnaire
(5) Nicos Poulantzas, Pouvoir politique et classes sociales, éditions Maspero, p. 11.
(6) http://fr.wikipedia.org/wiki/Hyperinflation_de_la_R%C3%A9publique_de_Weimar et http://fr.wikipedia.org/wiki/Reichsmark
(7) http://fr.wikipedia.org/wiki/Franc_fran%C3%A7ais#IVe_R.C3.A9publique
(Cool Tom Thomas (2011) Étatisme contre libéralisme ? Éditions Jubarte. Paris. Page 1.
(9) Lénine, Œuvres, tome I, éditions de Moscou, p. 175. et http://danielbensaid.org/Une-introduction-revisitee
(10) Lénine, Œuvres, tome I, éditions de Moscou, p. 175. et http://danielbensaid.org/Une-introduction-revisitee
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